A la rencontre du désert Mauritanien, l’Adrar
Je vous en ai parlé et reparlé de mon rêve de partir marcher dans ce désert avec guide et chameaux (dromadaire en fait mais le terme de « chameau » est resté dans le langage courant). Enfin me voilà comblée après 400km parcourus dans l’Adrar en décembre puis 300km en janvier, magnifique désert mauritanien aux multiples visages entre sable et pierre. Les circuits que j’ai faits, seule puis avec 3 autres français, formaient une boucle au Sud de la capitale de la wilaya de l’Adrar, Atar. De village en village je n’ai eu de cesse de m’émerveiller au fil des heures sur ce qui défilait sous mes yeux, jusqu’au soir, éblouie par un ciel étincelant de mille diamants.
L’Adrar est appelé le « pays de la pierre ». Sa capitale, Atar, est située à 230 mètres d’altitude, blottie entre des vieux plateaux culminant à 400 mètres. Atar serait un nom berbère désignant une route ou une plaine entre deux plateaux. On dit que cette zone du Sahara était autrefois recouverte d’eau. Elle s’est progressivement asséchée, avec des fleuves et des lacs qui ont permis à l’homme de s’y installer. Habité depuis 600 000 ans, ces hommes de race noire, pratiquaient l’élevage, la chasse, l’agriculture et la fabrication de céramiques. De nombreux outils retrouvés et peintures rupestres en témoignent. La sécheresse les a néanmoins contraints à migrer vers le Sud à partir du 1er millénaire, les conditions de vie devenant trop difficiles pour leur survie. Des populations berbères, de race blanche, venues du Maghreb et adaptées à ce climat saharien notamment avec leurs chameaux, ont alors pénétré ces terres petit à petit abandonnées et s’y sont installés définitivement, non sans violence. Cela dura 15 siècles ! Ces berbères prirent le contrôle des liaisons entre l’Afrique du Nord et le Soudan, et devinrent les guides indispensables des caravanes du désert. Puis avec l’islamisation, des guerriers arabes sont venus conquérir ce territoire. L’Adrar est aujourd’hui le pays des nomades, Maures blancs descendants des conquérants arabo-berbères, progressivement poussés à la sédentarisation de part les difficultés croissantes de survie dans le désert.
Aujourd’hui je peux dire que j’ai été à la rencontre du désert, j’y ai découvert une infime partie de cet univers qui regorge de trésors, où la vie EST ! Plantes, animaux et insectes évoluent en harmonie avec ce milieu qui leur est pourtant si hostile. Je n’ai jamais eu la sensation de vide ni de silence mais au contraire, tout autour de moi laissait deviner ces petits miracles de vie : sur le sable les jolies traces de scarabée, de lézard, de serpent ou même de fennec, de chacal, de lièvre et que l’on retrouve dans les dessins de l’artisanat mauritanien ; des damans qui se cachent dans la roche, sans oublier cet incroyable animal qu’est le dromadaire. On découvre au hasard des dunes une végétation épanouie, parfois même une gracieuse étendue d’eau dans laquelle on se plairait à se baigner. Des papillons blancs virevoltent par milliers, oiseaux et criquets chantent à tue tête en véritable concert !
Grâce à l’abondance des pluies durant l’hivernage cette année, de ravissants buissons fleuris, acacias, mimosas s’offrent à nos yeux comme un spectacle printanier et le vent nous embaume de leurs merveilleux parfums… divins !!!
L’agriculture est florissante, combien de beaux jardins avons nous traversé ! Carottes, betteraves, navets, tomates, oignons, courgettes, aubergines, niébé, orge, mil, sorgho, maïs, persil, menthe… Principalement en ville, le mauritanien du nord change progressivement ses habitudes alimentaires, en incorporant un peu plus de légumes.
On traverse également de vastes champs de pastèques blanches dont les pépins séchés et pilés donnent une farine très riche avec laquelle on fait de la bouillie ou de la purée. Cette bouillie notamment était utilisée pour gaver les petites filles (8 litres par jour !) afin de les rendre bien grasses; ainsi on dit que lors des pillages, au moins les bandits ne pouvaient emporter les femmes !
Le désert n’est donc pas seulement ces dunes de sable qui s’étendent à l’infini comme on se le représente depuis l’enfance, mais il recèle une variété surprenante de paysages plus somptueux les uns que les autres : regs, oueds, oasis, guelta, canyon.
un petit tour dans la pierre…un petit tour dans le sable
L’absence de mouvements terrestres depuis des milliers d’année font de cette région un véritable musée à ciel ouvert de pierres de toutes tailles aux teintes multicolores, façonnées par l’eau, le soleil et le vent au gré du temps. C’est une véritable exposition géologique d’art tantôt baroque tantôt contemporain.
Des cordons dunaires aux reliefs chaotiques des plateaux, on observe un magnifique rapport de force entre les courbes gracieuses et laiteuses du sable, et cette roche anthracite majestueuse qui s’élève puissamment, spectacle grandiose !
Au creux d’une faille dans un plateau, un paradis insoupçonné se dévoile, l’oasis de Terjit. Au fond, une source d’eau tiède jaillie de la roche se déversant dans un petit bassin. Plus loin l’eau suinte le long des parois rocheuses couvertes de mousse, des stalactites se forment par endroit créant de véritables réservoirs naturels d’eau fraiche. Récupérée dans une bassine, on s’empresse de remplir nos gourdes de cette eau de source tout juste délicieuse.
(lors de mon 2nd circuit et avec mes parents à Noël)
au dessus de l’oasis, encore un nouveau paysage…
et encore une curiosité le long du chemin: des stalactites au creux de la falaise cette fois-ci 
El Berbera, au fond d’un canyon… il faut aussi prévoir son maillot de bain quand on part dans le désert!
Au bord d’une falaise, on se penche pour découvrir cette jolie guelta à côté de laquelle on aurait pu passer sans la voir 
Et puis il y a l’Homme qui laisse son empreinte à travers de multiples objets préhistoriques (pointes de flèches, …), de nombreuses grottes où l’on peut voir des peintures rupestres. Certains ont fui lors des périodes de grande sécheresse mais d’autres ont su s’acclimater et se nourrir de tout ce qui pouvait s’offrir à eux dans cette immensité. Il est vrai que j’ai eu le sentiment de me laisser apprivoiser, de me fondre naturellement dans cet environnement pour pouvoir mieux l’observer, l’écouter, le sentir, le vivre, et toutes mes habitudes quotidiennes prenaient un caractère si futiles ! Le temps ne compte plus, tout devient plus simple et pourtant les conditions de survie sont rudes. C’est bien dans le dénuement que l’on retrouve le sens de la liberté, « nous sommes possédés par nos possessions » disait Théodore Monod.
Les campements nomades parsemés ça et là en sont le reflet encore aujourd’hui. Même si la modernisation s’y introduit petit à petit, les mentalités restent authentiques. On aperçoit de loin ces tentes de tissus blanc comme perdues au milieu de nulle part. Selon la taille des familles et les endroits, on en croise une seule ou plusieurs, quelques rares encore marrons, tissées en véritable poil de chameau. Toute la famille dort sous la même tente, hommes et femmes mélangés. Les nomades se déplacent au gré des pâturages nécessaires pour leurs troupeaux : chèvres et moutons procurent la viande et le lait, ânes et chameaux sont leur moyen de transport pour se ravitailler en eau, en provisions et se déplacer. Vous serez toujours accueilli par une calebasse de srig (boisson très rafraichissante composée de lait, d’eau et légèrement sucrée), de lait caillé ou même de lait mousseux tout juste tiré du pis…un délice. Le lait sert également à faire du beurre, je n’aurai jamais cru que j’apprécierai autant le bon goût d’un beurre baratté avec du lait de chèvre.
dans la famille du chamelier lors de mon 1er circuit
Les bêtes vendues permettent également de se procurer les autres denrées dont ils ont besoin comme le couscous, la farine, le sel, le thé, le sucre, et maintenant l’huile, le riz, les légumes, mais aussi gaz, torches, téléphone portable…
Dès la plus tendre enfance, les jeunes nomades apprennent ce qui est essentiel à leur survie: les bienfaits de chaque plante, aller chercher l’eau au puits, comment tuer et préparer l’animal, conduire son troupeau dans les plus beaux pâturages pour la journée ou parfois plusieurs jours durant, etc. sans compter la richesse du contact humain. Autant de gestes qui marquent un profond respect pour tout ce qui est vivant autour d’eux, et principalement de l’autre. Je comprends mieux maintenant l’importance de la tradition orale au cœur de ces tentes où les nomades aiment à se retrouver en famille, avec les amis et accueillent avec une hospitalité sans précédent l’étranger de passage. Tous ensemble autour du feu ou par petits groupes dispersés, on prend des nouvelles, on évoque ses problèmes, les derniers évènements, on partage des conversations que l’on prolonge volontairement avec le rituel du thé. Des femmes se mettent à chanter, à danser, des hommes se livrent à la poésie. Ambiance joyeuse et chaleureuse d’une soirée dans le désert.
Renommée pour ses nombreuses palmeraies, le temps de la récolte des dattes, la Guetna au mois de juillet, est aussi celui des festivités pour les nomades. En cette saison où le soleil est écrasant, délaissant villes et campements de toute part de la Mauritanie, les palmeraies entrent dans une effervescence sans pareil. Durant la journée, on se réfugie à l’ombre fraiche des palmiers dattiers, savourant ces moments de retrouvailles autour du thé et des dattes tout juste cueillies. Les soirées laissent place aux plus beaux mariages, concerts et autres réjouissances.
La Passe d’Amogjar, site d’exception des massifs de l’Adrar qui relie Chinguetti à Atar, panorama splendide. Du haut du plateau, la piste plonge dangereusement vers le centre d’un cirque montagneux pour les contourner. Comme un voyage au centre de la terre on accède graduellement à un joli plateau. Un chemin nous mène aux restes d’un fortin construit pour le tournage du film Fort Saganne (tiré du roman de Louis Gardel dont l’action se passe au Sud de l’Algérie). Tourné en 1984 par Alain Corneau avec Gérard Depardieu, Sophie Marceau et Philippe Noiret, on peut imaginer que ce fut une grosse expédition, pierres, eau etc., ayant été acheminés à dos de chameau …
Une autre piste aujourd’hui goudronnée a été construite à travers les massifs pour réduire largement la distance qui sépare les 2 villes, c’est la Passe d’Ebnou (ou Passe de Nouatil).
Le rythme des journées varie en fonction des saisons. Le mois de décembre est encore doux, on se lève vers 6h15 pour être partis vers 7h45-8h car la chaleur nous gagne à partir de 11h30. En janvier, c’est l’hiver, le soleil se lève plus tard donc on peut décaler le réveil et le départ. Nous marchons entre 3 et 4 heures d’affilées le matin, avec quelques rares pics de 5 heures. Nous faisons une longue pause déjeuner de 2h30-3heures. Puis on reprend la route entre 1 et 3 heures l’après-midi selon le lieu de bivouac. L’emplacement est choisi essentiellement en fonction de 3 critères dont le 1er est indispensable : il doit y avoir du pâturage pour les chameaux, du bois pour le feu et du sable pour installer nos tentes. Dès qu’on arrive au bivouac, on décharge les chameaux, on aide à trouver du bois si besoin et chacun installe sa tente. Une petite toilette est toujours la bienvenue avant de retrouver nos accompagnateurs pour aider à la préparation du repas, ou tout simplement s’installer sur les nattes auprès du feu, accueillis par une assiette de dattes, arachides et biscuits sans compter le rituel du thé. On apprécie ce moment convivial de détente propice aux conversations diverses et variées. Si on est proche d’un village ou de campements, des marchandes viennent discrètement installer leurs marchandises à proximité de nous et attendent patiemment qu’on vienne les voir mais sans obligation aucune. Selon l’état des marchandises bien souvent dégradées par les mauvaises conditions de conservation, on peut trouver de jolis objets artisanaux en bois tels que des calebasses, des coupes papiers, ou en cuir comme des étuis à pipe, des tamtams, des coussins, des bijoux en argent ou en cuivre; on entre alors ou non dans le jeu de la négociation, une véritable partie de théâtre!
notre guide, Nemoud et nos chameaux. Plus exotique qu’avec parapluie et chiens en laisse non?!
Mohamed, notre jeune chamelier nomade
on charge, on décharge, on recharge…
bivouac, cuisinier et chamelier
tout le monde participe pour écosser les niébés frais
Préparation de la galette composée d’eau de farine et de sel, elle est cuite dans le sable, recouverte pas les braises.
petit déjeuner, tranches de galette sur notre grille-pain fabriqué avec un fil de fer ramassé sur le chemin!
Descente de dune pieds nus dans le sable fin tout doux tout doux ou rando rocailleuse 
plus sportif le padre, chacun son plaisir!
Mauresque non gavée de bouillie!
notre vétérinaire en grande conversation avec un de nos chameaux!
villages des palmeraies habités surtout au moment de la guetna
au détour d’un dune, on tombe soudainement sur une chamelle et son chamelot né pendant la nuit, on croisera plus tard son propriétaire parti à sa recherche





















































































































































































































